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Miroir collectif #Dessin

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Miroir collectif, 2013 dessin carbone sur papier diametr 150 cm

L’œil et le souverain

“L’œil accomplit le prodige d’ouvrir à l’âme ce qui n’est pas âme,
le bienheureux domaine des choses, et leur dieu, le soleil.”
M. Merleau-Ponty

Dans son dessin intitulé « Miroir collectif » (2013), Abdelaziz Zerrou propose une réflexion à la fois esthétique et politique autour de l’histoire du Maroc moderne. En 1953, alors que le sultan Mohamed Ben Youssef est envoyé en exil à Madagascar par les autorités du protectorat français, nombre de citoyens marocains ont prétendu avoir vu son visage sur la lune.

L’artiste fait de cette anecdote légendaire le point de départ de son travail plastique : dessiner l’image du souverain sur le papier carbone pour dupliquer le questionnement et interpeller une vision mystico-politique collective que les nationalistes ont transformé en instrument de résistance pour la libération du pays. Illusion optique ou moyens du trompe-l’œil, l’artiste fait allusion aux forces de la perception et de la représentation. Esprit et œil, se croisant et s’entremêlant, donnent naissance à un récit historique qui façonne et partage la mémoire collective des Marocains.

Ce que l’œil ne peut saisir, mais que nous voyons pourtant dans nos rêves, lorsque nous avons les yeux fermés, et dont, abusés, nous sommes si proches de nous emparer avant que ça ne s’enfuie soudainement au réveil, la main peut le mettre au jour, l’expérimenter, en déterminer les garanties et les caractères propres.

C’est ainsi, en faisant recours aux techniques du dessin, que l’artiste réactive une vieille fiction et donne à voir la facette invisible du conte narré. A-t-on réellement vu le visage du souverain sur la lune ? Là, devant cette interrogation, cette œuvre vient nous miroiter des éléments de réponse : le visage du souverain calque les fantasmes du peuple, ses aspirations et déceptions, comme dans un jeu de miroir narcissique infernal. Il s’agit donc d’un dialogue entre souveraineté politique et imaginaire populaire que l’artiste replace au cœur du débat visuel contemporain.