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Atlasouna

Prix HYam de la jeune scène artistique méditerranéenne

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Atlasouna, 2018, plâtre, peinture, technique mixte ∅ 400 cm

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Atlas marocain par Louis Gentil

Abdelaziz Zerrou, lauréat du Prix HYam 2018 de la jeune scène artistique méditerranéenne

Τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε καὶ εἶναι*
Parménide

Atlasouna, signifie en arabe « notre Atlas », c’est-à-dire les lieux communs où se rencontrent imaginaire collectif et consciences esthético-politiques de deux civilisations, voire de plusieurs peuples, pour réécrire une histoire méditerranéenne tintée de mythes, de poésie, d’encre et de sang.  Il s’agit d’abord d’un commun mythologique qui ne cesse de revenir, comme un spectre, dans une réalité humaine et un langage partagé entre les deux rives de la Méditerranée.

Atlas, grand Titan condamné par Zeus à porter la voûte céleste, est sans doute celui qui a le plus marqué la géographie et l’histoire du Maghreb. Le massif montagneux, s’étant du Maroc et jusqu’en Tunisie, qui porte son nom encore aujourd’hui en est la preuve. La légende relate que Persée, détenant le pouvoir de transformer en pierre tous ceux qui croisent son regard, aurait réagi ainsi pour se venger d’Atlas qui lui aurait refusé l’hospitalité après avoir essuyé une violente tempête que les Grecs situent à proximité du détroit de Gibraltar.

A la fois maudit et métamorphosé, Atlas est toutefois celui qui continue à protéger mer et désert en les séparant. Séparer ne veut pas dire contrôler et bloquer mais maintenir à distance pour se regarder, pour dialoguer et s’aimer. Pourquoi donc nos sociétés sont devenues incapables de saisir cette hospitalité paradoxale du mythe lointain ?  Pour quelle raison ces vieux routiers des mers qui savent si bien conter, comme les appelait Homère dans son Odyssée, devraient mourir ? Et à quel prix les descendants de ces marins ont été livrés à une noyade collective sans précédent ?

Ce projet tente d’apporter à cette multitude de questions à la fois historiques et politiques une réponse esthétique, tout en renouant les liens non seulement entre deux géographiques voisines, mais surtout entre deux destinées étroitement accolées par le présent et l’à-venir : le Maroc et la Grèce sont considérés aujourd’hui comme deux espaces de transit et d’accueil de migrants. Leur appartenance à une terre/mer qui a enfanté de grandes civilisations se voit réduite à un rôle contraignant. Comme Atlas, les deux pays ont été appelés à porter la voûte céleste, un nouveau fardeau qui n’est désormais que la gigantesque problématique humaine des frontières. Les deux Etats surveillent et punissent, captent et diminuent la circulation de milliers de gens vers la rive nord de la Méditerranée. Le projet cible donc la déconstruction d’un vécu difficile et rapprocher la vision des peuples en donnant à voir ce que la politique cache ou force à voiler. Quand l’écrivain français Albert Camus évoquait la Méditerranée, il parlait souvent d’un « nationalisme du soleil » qui brouille les bornes et les limites du politique pour inventer et imaginer un territoire au juste milieu des controverses, un troisième chemin où chacun d’entre nous pourrait atterrir paisiblement.

Le discours esthétique que porte donc mon projet est de réunir trois gestes sensoriaux : celui de la main, de l’œil et de l’oreille pour constituer un récit méditerranéen autre que celui de l’histoire et de la politique officielles. Camus écrit : « Servir la cause d’un régionalisme méditerranéen peut sembler, en effet, restaurer un traditionalisme vain et sans avenir, ou encore exalter la supériorité d’une culture par rapport à une autre, et par exemple, reprenant le fascisme à rebours, dresser les peuples latins contre les peuples nordiques. Il y a là un malentendu perpétuel. […] Toute l’erreur vient de ce qu’on confond Méditerranée et Latinité et qu’on place à Rome ce qui commença dans Athènes. Pour nous la chose est évidente, il ne peut s’agir que d’une sorte de nationalisme du soleil. » C’est à partir de cette réflexion camusienne que la vision de ce projet se concrétisera selon un plan de réalisation précis.